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origines du surf en France La première décennie (1956 1965) ------------------------------------------------------------ |
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Texte
de Antony « Yep » Colas
auteur de «
The World Stormrider Guide »
Photos originales des débuts du surf en France, scannées
à partir du "press book" de Joël de Rosnay.
Malgré les rumeurs dun certain Jan Willem Coenraads
Nederven ayant surfé aux Pays Bas dans les années 30 et la tentative
de Pedro Martins de Lima en 1953 sur la plage de Caparica au Portugal qui se
solda par une jambe cassée, il est communément accepté
que le berceau du surf en Europe se trouve à Biarritz. Si septembre 1956
est la date des premiers débuts de Viertel et Hennebutte, on a tendance
à considérer 1957 comme lannée de référence
où un bouillonnement de groupe lança le surf sur la voie de la
postérité. Si lon entend souvent parler des Tontons Surfers,
cest plus souvent pour évoquer les années 60 que réellement
les premières années où le surf balbutia à lécart
des grands courants californiens et australiens, forçant une poignée
damoureux de locéan à rivaliser dingéniosité
et de courage pour compenser un certain manque physique (par rapport aux athlètes
des plages anglo-saxonnes) lié à des activités professionnelles
non-sportives et à des âges déjà avancés (sauf
pour Joël de Rosnay). Cest dailleurs par les albums de Joël
de Rosnay, méticuleusement étiquetés et illustrés,
récemment scannés, que souvre encore le pan le plus passionnant
de lhistoire du surf en France.
Avant 1956 : On jouait déjà dans les vagues
Avant quune planche de surf ne débarque à Biarritz, on avait
déjà compris que les vagues pouvaient être utiles et agréables.
Parce que Biarritz était un village de pêcheurs, notamment avec
la pêche à la Baleine jusquau XVIème siècle,
on y voyait des barques (et les traînières) utiliser la mousse
pour rentrer au bord. Ensuite, parce que Biarritz a été à
la mode des Bains de Mer dès le XIXème, les baigneurs se sont
rapidement rendus compte du côté ludique de la nage dans les vagues,
quon appelle le bodysurf. Puis, certains nageurs se sont construits un
« planky », une planchette ( 90 cm x 40 cm) recourbée sur
le nose, pour améliorer leur glisse sur la vague. A cette époque,
le spot de prédilection du planky est le Miramar.
La tentative la plus proche du surf, avant la date officielle, émane de Jacky Rott en 1952, fabricant des plankys distribués dans les bazars de plage. Après avoir vu un documentaire sur Pearl Harbor en 1952, Jacky vit quelques secondes de surf à Hawaii et essaya de construire une planche et de la tester dans les vagues à Anglet et à Ilbarritz. Malheureusement, ne pouvant pas imaginer quil y avait un aileron en dessous et quil fallait de la paraffine pour ne pas glisser, il fit une sorte de « planky long », parfaitement lisse. Impossible de maîtriser lengin dans les vagues et encore moins de se mettre debout, la planche assomma un de ses acolytes et se fendit à force de heurter les rochers. Vers les années 1935, les frères De Uresti auraient fait venir une planche de Californie mais rien na permis de confirmer cette information.
1956
: Les surfers se lèvent aussi.
Cest à loccasion du tournage du film « Le Soleil se
lève aussi » tirée du roman dHemingway, que les Californiens
Peter Viertel et Dick Zanuck, filsdu célèbre metteur en scène
Darryl, viennent à Biarritz. Dick étant surfer, fait venir à
linsu de Peter, une planche de surf rayée avec un nose noir, qui
est importée de Californie dans les caisses qui acheminent les caméras.
Quand la planche arrive, Dick est reparti en Californie et les douanes françaises
réclament 170% de taxe. Peter ruse avec la frontière espagnole
pour éviter cette taxe puis se met à leau, devant Hemingway
en personne, avec cette planche introduite « en fraude » sans paraffine
et sans savoir comment sen servir. Cest dans les rochers que la
planche finit inexorablement sa course sans avoir été surfée.
Cest à Georges Hennebutte que Peter Viertel a confié la
réparation et le lendemain, Hennebutte, 47 ans et Viertel, 37 ans, surfent
leur premières vagues à la Côte des Basques. Dans le même
temps, Hennebutte, le Géotrouvetou local, essaye de mettre au point une
planche gonflable, des boudins style Zodiac de part et dautre dune
structure rigide. Peut-être faudrait-il rappeler quHennebutte essaya
de mettre au point en 1925 une planche en liège aggloméré,
qui se brisa en deux sous le poids de son utilisateur.
1957
: Les 4 mousquetaires !
Jacky Rott, revenant de la guerre de Tunisie, prend les cotes ( 3.40m x 65 cm
x 7 cm) de la planche de Viertel et en fait deux répliques en balsa.
Avant la stratification, elles pèsent 15 kgs. et 25 kgs après
! Au printemps, sans combinaison, Jacky lessaye à lépi
nord dHossegor et prend une vague qui déroule, cest lextase
! En juin, Peter Viertel revient, fort de quelques sessions en Californie, avec
une 2ème planche et , alors quil est parti travailler en Espagne,
la confie à Joël de Rosnay, le premier « grommet » de
l époque, qui à 19 ans, fait rapidement des progrès.
A la fin de lété, la Côte Basque compte désormais
4 surfers assidus : Peter Viertel, Georges Hennebutte, Jacky Rott et Joël
de Rosnay. Joël fait dautres adeptes, à commencer par Michel
Barland, dingénieur en contructions mécaniques, qui aura
tôt fait den prendre les mesures et de mettre au point du «
bidet flottant », avec laquelle seul Henry Etcheparre prend une vague
debout à la Bougie, à Socoa. Cest le 11 Septembre 1957 que
le Journal de Biarritz publie le premier article de presse sur le surf.
1958
: La première vague australienne
Peter Viertel fait venir 3 planches Hobie en Balsa depuis la Californie. Le
parc de planches augmentant, le nombre de surfers peut évoluer. Les jeunes
qui samusent à récupérer les planches perdues ont
le droit de faire une tentative, cest comme ça quon commence
le surf. Ainsi naît la première génération de ce
quon appellera plus tard les Tontons Surfers : André Plumcoq, Robert
Bergeruc, Pierre Laharrague, Joseph et Jo Moraïz et Bruno Reinhardt. Jacky
Rott lance Neptune, la première marque de planches en France. Il construit
une sorte daile davion, des planches creuses en contre-plaqué
recouvert de vernis plasticoque. Après la gaze anti-dérapante
qui arrache le ventre, le liège qui boit leau, cest finalement
la paraffine qui devient le produit idéal pour ne pas glisser sur le
dessus de la planche. Puis, Barland et Rott sassocient pour fabriquer
les premiers modèles français « de série »
en plastique. Quant à Bruno Reinhardt, il fabriqua lui aussi une planche
en bois verni, quil surfa le temps dune vague avant de la casser
en deux. Cest en septembre quune équipe de Lifesavers australiens
vient à Biarritz pour des démonstrations de sauvetage. Léquipe
est venue sans planches et la houle est inexistante pendant la durée
de leur séjour sauf le dernier jour où les Australiens, comme
Mike Hall, montrent ce quils savent faire : départ dérive
en avant, monter à deux sur une planche, virages
Les locaux découvrent
que le surf ne se résume pas à faire que de la longueur de vague.
1959
: Le premier surf-club, le Waikiki
Cest
grâce au milliardaire Péruvien Carlos Dogny, président fondateur
au Waikiki Surf Club de Lima au Pérou que naît le 16 Septembre
le premier surfclub en France du même nom. Les membres fondateurs sont
: Carlos Dogny, Peter Viertel, Jacques Rott, Georges Hennebutte, Joël de
Rosnay et Michel Barland. Les membres du club sont : André Plumcocq,
Robert Bergeruc, Pierre Laharague, Joseph et Jo Moraiz, Paul Pondepeyre, Henri
Etchepare et Claude Durcudoy. Le Waikiki sinstalle dans les établissements
des Bains de la Côte des Basques, équipé dun râtelier
dune trentaine de planches. Cest à cette époque dHennebutte
met au point la « chevillère », appelée ensuite «
fil à la patte » que seul son neveu, Claude Durcudoy, finit par
adopter. Cest dix ans plus tard que laméricain Clark brevète
le modèle du « leash » Le duo Barland / Rott produit les
premières planches en mousse polyuréthane avec polyester et fibre
de verre. Beaucoup dessais infructueux marquent l utilisation de
cette
mousse achetée chez Rhône Poulenc.
1960
: lannée des premières compétitions
Cest le 24 Juillet qua lieu à la Grande Plage la première
compétition internationale devant plusieurs milliers de spectateurs.
Puis, le 11 septembreont lieu les premiers Championnats de France. 1er : Joël
de Rosnay. 2ème: Michel Barland. 3ème : André Plumcoq.
Le jury est composé de Dedieu, Hiriart, Giese et Viertel. Si les compétitions
sorganisent avec des relais, des courses de rame, la technique de surf
reste simple, bien à lécart de ce qui passe en Californie.
1961
: Rott et Moraiz au Pérou
En février 1961 a lieu une compétition internationale à
Lima au Pérou et cest Jacky Rott et Jo Moraiz qui sont conviés
par Carlos Dogny et sa joyeuse équipe de milliardaires. Le tournoi est
remporté par le Péruvien Hector Velarde et la remise des prix
se fait en présence du chef dEtat. En septembre ont lieu à
Biarritz les premiers Championnats dEurope. 1er : Jacques Rott. 2ème
: Pierre Laharague. 3ème : André Plumcocq. 4ème : Joël
de Rosnay. 5ème : Michel Barland.
1962
: la France dans Surfer Magazine
Suite à une correspondance entre Joël de Rosnay et John Severson,
créateur de Surfer et futur père de Jenna (De Rosnay), le premier
article sur les vagues en France paraît dans le premier magazine de surf
créé en Californie en 1960 avec des photos de Jacky Rott, Philippe
Gérard et Eddie Ladd. Ce qui explique la venue de nombreux Californiens
dès les années 60. A loccasion dun voyage en famille
à lîle Maurice dont ils sont originaires, Arnaud et Joël
de Rosnay découvrent Tamarin Bay en août. Ont lieu aussi les championnats
dEurope remportés par Michel Barland et les Internationaux dEurope
remportés par Michael Hickey dAustralie. En septembre, un groupe
de surfers de Jersey où le surf a démarré récemment,
vient sur la Côte Basque.
1963
: La Barre devient Ze Spot
A lembouchure de l Adour, là où on extrait du sable
dune gravière déferle une vague idéale, surtout pour
les planches de
lépoque. Un pointbreak creux et puissant quon contourne aisément
par le chenal de lAdour. Cest là quont lieu le 28 septembre
des Championnats Internationaux remportés par lAustralien Peter
Troy, devant lHawaien Jan Lee et les Australiens Bob Keenan et Mickael
Hickey. Les champions de lépoque ne venaient pas seulement le temps
de lépreuve, ils venaient en France plusieurs semaines, voire plusieurs
mois, permettant aux locaux de prendre exemple. Les surfclubs se multiplientnotamment
avec la création de celui de la Chambre dAmour inaugurée
par Deborah Kerr et le Dr Lacroix, maire dAnglet. Il existe alors 4 clubs
avec lUSB, le Kostakoak de Bidart et le Waikiki. Cest alors que
naît la Fédération Française de Surf Riding sous
limpulsion de Joël de Rosnay. Le surf continue sa percée dans
les médias avec 2 émissions de télé, de multiples
sujets dans la presse grand public et une chanson de Franck Alamo où
le surf devient une danse.
1964
: La guerre des fédérations
Le Surf Club de la Chambre dAmour devient le Surf Club de France qui rivalise
avec le Waikiki de la Côte des Basques. A chaque spot son club : à
la Grande Plage naît le Biarritz Surf Club. Le 20 août a lieu la
réunification des clubs sous la présidence de Guy Petit, maire
de Biarritz. La veille avait
eu lieu à 20h30 sur la seule chaîne de télévision
« les Coulisses de lexploit », un reportage dédié
au surfing. Le Surf Club de France a fait sa première acquisition dun
surfmobile pour transporter les groupes de surfers vers les différents
spots : ce sera un Peugeot, puis un bus Volkswagen avant lestafette des
Paris-Biarritz. Un wagon daméricains débarque ce mois-là
pour les European Surfing Holiday Championships remportés par Don Southern,
devant Bruce Woods, Steve Perrin et Jim Fitzpatrick. Un traffic sorganise
autour des planches américaines car il y a une grosse pénurie
de planches malgré les efforts de Barland / Rott . Cest aussi loccasion
dacquérir toutes les nouveautés qui viennent doutre-atlantique
: tee-shirts, bermudas, frisbee, disco (skimboard rond)
La Coupe Patou,
sponsorisée par le célèbre parfumeur, est remportée
par Eddy Ladd devant Jean-Marie Lartigau et Yves Dumon. Quant aux championnats
de France, ça se passe toujours à la Barre et cest Philippe
Gérard qui grimpe sur la plus haute marche. Le 2ème est Joël
de Rosnay, le 3ème, Eddy Ladd. Cest cette année-là
quont lieu les premiers championnats du monde à Manly à
Sydney. Devant des dizaines de milliers de spectateurs, Midget Farrelly devient
le premier champion du monde devant Mike Doyle et Joey Cabell. Joël de
Rosnay fait le voyage et en ramène le premier skateboard que lui a offert
Phil Edwards.
1965
: Surfshop et école de surf
Pour
les 2ème championnats du monde au Pérou en février, cest
Philippe Gérard et Joël de Rosnay qui représentent la France.
Un premier magazine de surf est lancée avec Surf Atlantique. Un nouvel
article paraît sur Surfer Magazine : « The fabulous french Surf
». Suite à linitiative de Jo Moraiz dimporter des produits
californiens et anglais et de les distribuer naît un premier surfshop
sur la place Ste-Eugénie, idéale pour tester les skateboards,
ainsi que la première école de surf . Il est le premier à
croire commercialement au surf business et à tout investir pour le surf.
Chez les juniors, les frères Lartigau et Caulonque assurent le spectacle.
A suivre...
Antony
« yep » Colas
Sources
:
- Chronosurf. Joël de Rosnay
- Jacky Rott. Surfers Journal n°14
- Les vrais débuts du surf en France. Surfers Journal n°12
- Jo Raconte. Surfers Journal n°4
- Les Joyeuses French 60s. Surfers Journal 28