Bien avant les appels vidéo sur smartphone et l’arrivée d’Internet dans les foyers, Biarritz expérimentait déjà une autre manière de communiquer. À partir de 1979, la cité balnéaire s’engage dans une aventure technologique exceptionnelle : un réseau de fibre optique permettant de transmettre le son, les images et des données. Une page méconnue de l’histoire de la Côte basque, racontée par Claude Latreille, l’un de ses principaux acteurs.
En 1979, Biarritz fait le pari des communications du futur
Biarritz évoque les bains de mer, le surf et les villas tournées vers l’océan. Mais son histoire comporte aussi un chapitre inattendu : celui d’une ville choisie pour expérimenter les télécommunications de demain.
En novembre 1979, Biarritz est retenue pour accueillir un réseau expérimental de fibre optique. À une époque où le téléphone fixe et la télévision occupent une place centrale dans les foyers, le projet ouvre de nouvelles perspectives : faire circuler différents types de contenus sur une même infrastructure et permettre aux abonnés de communiquer en se voyant.
Il faut toutefois distinguer l’annonce du projet de sa mise en service. L’expérimentation prend forme au début des années 1980, avant une inauguration officielle en 1984. La station balnéaire devient ainsi un terrain d’essai grandeur nature pour des techniques encore très éloignées du quotidien de la plupart des Français.
Le visiophone, une petite révolution dans les foyers
L’équipement emblématique de cette aventure porte un nom qui semble aujourd’hui appartenir à la science-fiction d’hier : le visiophone. Son principe est pourtant devenu familier. Il permet de parler à un interlocuteur tout en voyant son visage sur un écran.
Le programme est généralement présenté comme une expérience concernant environ 1 500 foyers. Une réponse ministérielle publiée en 1989 fait plus précisément état de 1 355 abonnés raccordés, disposant du visiophone et de quatorze canaux de télévision.
Pour les habitants concernés, le changement dépasse la découverte d’un nouvel appareil. Le téléphone, jusque-là associé à la voix, s’enrichit de l’image. Se voir à distance devient possible depuis chez soi, plusieurs décennies avant la banalisation des conversations vidéo.
L’intérêt du projet tient aussi à cette confrontation avec la vie quotidienne. Une technologie peut fonctionner en laboratoire ; reste à découvrir comment les habitants s’en emparent, quelle place ils lui donnent et quels besoins elle peut réellement satisfaire.
Une inauguration entre Biarritz et l’Élysée
Le 21 mai 1984 marque un temps fort de cette histoire. François Mitterrand, depuis l’Élysée, échange par visiophone avec Louis Mexandeau, ministre des PTT, présent à Biarritz.
Cette démonstration donne une visibilité nationale à l’expérience biarrote. Derrière la conversation à distance se dessine une ambition plus large : montrer les possibilités des nouveaux réseaux et le savoir-faire français dans les télécommunications.
Le bilan officiel publié quelques années plus tard souligne trois apports : l’observation des réactions du public, les progrès de la fibre optique pour la distribution d’images et la présentation de ces technologies à de nombreux visiteurs étrangers. Biarritz est alors à la fois un lieu d’expérimentation et une vitrine.
Une aventure humaine autant que technologique
Les câbles et les terminaux ne racontent qu’une partie de l’histoire. Autour du réseau, des acteurs de la vie locale cherchent à comprendre ce que ces nouveaux moyens de communication peuvent apporter à la ville.
L’association Biarritz Communication Nouvelle joue un rôle central dans cette réflexion sur les usages. Claude Latreille et Michel Veunac en assurent alternativement la présidence. L’enjeu consiste à accompagner la découverte du visiophone et à explorer les possibilités du réseau au-delà de la seule performance technique.
Cette dimension humaine donne toute sa singularité à l’expérience. Les habitants deviennent les utilisateurs d’un dispositif encore expérimental, tandis que les acteurs locaux contribuent à imaginer de nouvelles pratiques. La modernité se construit aussi dans ces échanges entre concepteurs et usagers.
Biarritz a-t-elle vraiment inventé Internet ?
La formule « Quand Biarritz inventait Internet » résume avec force l’esprit pionnier de cette période. Elle ne doit cependant pas être comprise comme une affirmation littérale.
Le réseau biarrot était une expérimentation de vidéocommunication et de services sur fibre optique. Il ne constituait pas à lui seul Internet. Le World Wide Web, qui permet de consulter des pages reliées par des liens, a quant à lui été inventé en 1989 au CERN par Tim Berners-Lee.
L’expérience menée sur la Côte basque préfigurait néanmoins certains usages devenus ordinaires : communiquer par l’image et accéder à des contenus à distance. C’est là que réside son caractère précurseur.
Claude Latreille transmet la mémoire d’une ville pionnière
L’aventure retracée par Claude Latreille couvre la période 1979-1991. Dans son ouvrage Quand Biarritz inventait Internet, publié aux éditions Atlantica, cet acteur du projet revient sur un épisode qui mérite sa place dans le patrimoine local.
Cette dynamique trouve aussi un prolongement dans la place accordée à l’image et à la formation audiovisuelle à Biarritz, notamment autour du Plateau image. En 2024, les Journées européennes du patrimoine ont encore donné l’occasion de revenir sur cette expérience au BTS Audiovisuel, avec des archives et des échanges entre étudiants et acteurs de l’époque.
Derrière la destination touristique se révèle ainsi une autre Biarritz : une ville où l’on a très tôt essayé de voir, de comprendre et d’inventer les communications du futur.























