Pied de nez à la crise, la Soule attire des jeunes qui ont choisi de vivre leur passion au coeur du Pays Basque.

La Soule plaît aux artistes
Ils sont réalisateur, designer, scénographe, styliste, plasticien. Enfants du pays ou d’adoption, ils ont choisi la Soule comme lieu de vie et de création. Cette région montagneuse aux vallées abruptes où la culture basque, faîte de chants, de danses et de fêtes pastorales, est restée intacte. Ce territoire où l’identité et les traditions sont si importantes que les jeunes générations les mettent en scène dans leur travail.
A l’image de quatre anciens étudiants de la Prépa des Beaux Arts de Bayonne qui ont mis leurs talents en commun pour donner vie, suite à l’appel d’offres lancé par la Communauté de Communes Soule Xiberoa, à l’Espace Mythologie Basque à Tardets. Aidés de l’historien Claude Labat, les jeunes artistes ont imaginé cinq modules, composés de récits, d’images et de sons pour évoquer les principales facettes de la montagne souletine et basque. « La plupart des gens pense que la mythologie fait partie du passé, confie la plasticienne Maritxu Etxeto. Or, la mythologie est partout ; elle a façonné les paysages, la langue, les modes de vie. C’est le socle de toute culture et civilisation. En utilisant différents medium tels que la vidéo, le dessin, le design, nous invitons le visiteur à découvrir les origines du peuplement pyrénéen, l’importance de la terre et le rôle de l’eau… »
Un univers sensible et surprenant que l’on pourra découvrir au printemps 2015.

Les créateurs réinventent l’espadrille
Côté créativité, l’industrie de l’espadrille n’est pas en reste puisque les cinq ateliers de Mauléon se mettent en quatre pour trouver chaque année des tissus bayadères punchy, de jolies dentelles ou de très beaux cuirs et nubucks. Et inventer, avec de jeunes stylistes, de nouvelles formes qui séduiront les fashionistas du monde entier.
Cousue main comme chez Don Quichosse et Prodiso, ou à la machine comme chez Megam, la chaussure en toile, made in Pays Basque est de plus en plus recherchée y compris à l’étranger, comme en témoigne, Mathieu Labat et Julien Maisonnave, les fondateurs d’Art of Soule. Ces jeunes créateurs biarrots ont choisi les ateliers de Mauléon pour lancer leur marque avec des modèles stylés dont la collection 2.0, réalisée avec des semelles lavables en EVA. Une petite révolution dans le milieu de l’espadrille. Et un gros succès commercial puisque ces deux chefs d’entreprise exportent 65 % de leur production dans dix pays dont la Chine et travailleront prochainement pour les 3 Suisses. Ce géant de la vente par correspondance leur a demandé de développer pour eux un modèle exclusif qui sera présenté en quatrième de couverture dans le catalogue printemps-été 2014, Spécial Made in France.

Ces jeunes agriculteurs ont choisi la qualité
Terre d’élevage et de pastoralisme, les montagnes souletines sont réputées pour la qualité de leurs pâturages abondants et parfumés où les bergers produisent selon la tradition le fameux fromage de brebis. Afin de se démarquer des grands groupes industriels et faire reconnaître leur production dans une démarche AOC Ossau-Iraty, dix sept jeunes producteurs indépendants ont monté la coopérative Azkorria et se relaient quotidiennement pour assurer le ramassage de lait, l’affinage, l’expédition et la commercialisation de leur produit.
De même, les jeunes paysans bio du territoire, ainsi qu’une centaine d’agriculteurs du Pays Basque français et espagnol, devraient prochainement monter l’association Ekho dont le principal objectif sera de créer un identifiant les distinguant de la bio industrie, avec un cahier des charges plus strict que celui de l’Europe, reprenant notamment des notions de proximité local, de bio…
Côté viande, la coopérative Axuria, qui regroupe une centaine d’éleveurs de vaches Blondes d’Aquitaine, s’est engagée aux côtés de trois autres coopératives pour proposer sous la marque « Herriko » de la viande bovine issue d’animaux nés, élevés, engraissés et abattus au Pays basque. Un gage de qualité et de traçabilité pour le consommateur.
De même, les 300 éleveurs d’agneaux de lait de Soule et Haute-Soule, adhérents d’Axuria sont très fiers d’avoir obtenu l’an dernier une IGP (indication géographique protégée) qui leur permet désormais d’avoir une reconnaissance européenne et de territoire. Avec l’IGP, les consommateurs ont l’assurance d’acheter de l’agneau né et élevé dans les Pyrénées-Atlantiques, dans une zone délimitée: la zone de production de l’AOP Ossau-Iraty. Les agneaux sont issus exclusivement des trois races locales: basco-béarnaise, manex et tête rousse, et nourris uniquement au pis. La garantie d’une viande particulièrement tendre et goûteuse.
Très apprécié par les chefs étoilés, l’agneau de lait des Pyrénées reste, toutefois, peu connu du grand public. Sauf en Espagne et au Pays basque sud, où il est traditionnellement consommé pour les fêtes de Noël. Les éleveurs espèrent que cette IGP leur permettra de faire connaître cette viande, à l’ensemble des consommateurs qui pourront dorénavant s’en procurer dans un réseau de boucheries beaucoup plus étendu et en GMS.

Des entreprises innovantes
ALKAR : une innovation sociale
Installée sur un terrain de 6700 m2 à Mauléon, l’entreprise ALKAR produit 400 tonnes de charpentes métallique par mois, emploie un peu plus d’une centaine de salariés et fait un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros. Une belle réussite pour ces cinq dirigeants qui, il y a 30 ans, ont mis en commun leur prime de licenciement pour créer une SCOP (Société Coopérative de Production). Un vrai challenge pour l’époque. D’abord tournée vers la construction de bâtiments agricoles, son activité s’est peu à peu élargie à la réalisation de projets industriels et tertiaires ce qui lui a permis de toucher une nouvelle clientèle et de travailler dans tout le grand sud. Ces dernières années, ALKAR a même créé des filiales à Toulouse, Bordeaux et Montpellier.
ELKAR : une innovation de produits
Fondée en 2005 par deux anciens étudiants du BTS conception industrialisation microtechniques de Mauléon, ELKAR a su se faire un nom dans le domaine de l’aéronautique en concevant non seulement des pièces pour ses clients. Mais en leur proposant un véritable savoir-faire en matière de métrologie. En effet, les deux ingénieurs disposent d’une des seules machines en Aquitaine capable de mesurer au micron près, des pièces de grandes tailles pouvant aller de 2,40 m de long et 1,60m de large ainsi que d’un laser tracker, portable. Une technologie particulièrement appréciée par Turbomeca, Snecma, Dassault et des entreprises ferroviaires. Pour acquérir ce matériel, ELKAR a bénéficié du soutien de l’ODI (opération de diffusion de l’innovation) qui a pour objectif de favoriser l’accompagnement des entreprises du Pays Basque de moins de 20 salariés dans l’élaboration et la mise en oeuvre de leur projet innovant. Un vrai succès puisqu’après huit ans d’exercices, et un chiffre d’affaire de 1,6 millions d’euros, ELKAR vient d’ouvrir une antenne près de Saint Sébastien et devrait se lancer, en 2014, dans la fabrication de pièces d’avionneurs. Très attachés à leurs racines, les deux chefs d’entreprise devraient donc prochainement embaucher de nouveaux ingénieurs, dont certains seront peut-être formés au lycée du Pays de Soule ou au lycée professionnel Guynemer d’Oloron, d’où provient la majorité des salariés d’Elkar.

Des aides locales pour des projets locaux
Afin d’encourager la création d’entreprises et favoriser l’installation en Soule, qui est classée en zone de revitalisation rurale, des Souletins se sont mobilisés pour aider des porteurs de projets. Ainsi, l’association AZIA invite ses membres à verser chaque mois 15 € dans un pot commun afin d’octroyer des microcrédits à taux zéro à des jeunes âgés de 18 à 35 ans qui veulent créer ou reprendre une activité. Depuis sa création en 1998, ce dispositif, appelé le CLEJ a permis de financer une soixantaine de projets.
Selon le même principe, les épargnants du CLEFE versent 30 € par mois pendant cinq ans (au bout desquels ils récupèrent leur argent) afin de permettre à des femmes « qui entreprennent » de bénéficier d’un prêt à taux réduit (taux du livret A).
De plus, la Communauté de Communes est en train de faire construire une nouvelle pépinière d’entreprises de 600 m2 sur la ZA Argouague à Gotein-Libarrenx où 3 bureaux de 20m2 seront à louer à prix modérés ainsi qu’un atelier de 150m2 et son bureau attenant de 16 m2. Trois boxes seront également à vendre. En plus de ces locaux, ces jeunes entreprises pourront bénéficier de services communs (secrétariat, photocopie, courrier, standard, salle de réunion…) et de la présence d’autres entreprises au même stade de développement avec lesquelles elles pourront échanger, ainsi que du service économie de la Communauté de Communes qui pourra leur proposer un accompagnement personnalisé.
Sur le même terrain et adossé à la pépinière, un bâtiment composé de 3 boxes de 150m² va être commercialisé. Ces locaux, destinés à des artisans, seront vendus en l’état futur d’achèvement de façon à ce que chaque entreprise le termine en fonction de ses besoins. Un bon moyen de déconnecter l’entreprise du domicile du chef d’entreprise et de permettre ainsi sa transmission.
De belles initiatives et des projets innovants… De quoi attirer encore plus de jeunes à venir travailler et s’installer en Soule.

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