Dans le titre, on a mis un A majuscule à Aventurière, parce que, bon, là, il y a du lourd. Du très lourd.

Née à la fin du siècle avant le siècle dernier, en 1893 à Bayonne, dans une famille de notables, Marguerite Clérisse est la cadette d’une famille de 3 enfants. Rappelons, comme ça, au passage, que la société basque de la fin du XIXeme siècle n’incitait pas trop la gent féminine à se lâcher plus que de raison..
Son enfance est donc tout naturellement baignée dans un catholicisme traditionnel qui lui fera découvrir les vertus de la pureté féminine, le respect dû à l’autorité masculine ainsi que l’exercice du dessin, de la musique, de la broderie et de la couture.
Youpi.

“Biarritz en été”

En 1909, à 17 ans, celle que l’on appelle maintenant “Marga” rencontre sur la plage de Biarritz (on pouvait encore y stationner à l’époque) le très noble mais très peu travailleur Pierre d’Andurain qu’il ne faudra jamais confondre avec le cycliste Miguel Indurain qui n’était d’ailleurs pas né à l’époque. Elle l’épouse dans la foulée (du festayre).
Marga et Miguel possèdent un goût commun pour les pérégrinations hors Euskal Herria. Pérégrinations qui leur font faire un long voyage de noces en Espagne, au Maroc puis en Algérie.

Le principal soucis de Pierre – à qui je ne jetterais pas la pierre – est d’être aussi passionné par les chevaux qu’il ne l’est pas par le travail…
Plombés par quelques difficultés financières, les deux tourtereaux choisissent donc de partir pour l’Argentine dans le but de créer un club hippique, la Côte basque en étant déjà saturée à l’époque.

Hélas, la guerre de 14-18 vint mettre rapidement un terme au rêve argentin de Marga et Pierre.  Pierre s’engage pour sauver sa patrie (la France, pas le Pays basque) puis est déclaré “malade” à la suite d’une sombre histoire et démobilisé en 1916.
La fin de la guerre voit aussi la fin de la Belle Epoque et surtout la fin des “rentiers”.
Marga crée donc, à la sortie de la guerre sa première société de décoration et sa propre marque “ARGA” spécialisé dans la décoration d’appartements puis la production de perles artificielles.

“Walk like an egyptian.”

Mais devant la désapprobation familiale, elle part, son mari et l’héritage familial sous le bras, s’exiler en Egypte.
Là, elle décide de reprendre son activité de vente de perles, puis ouvre un institut de beauté destiné à recevoir les femmes issues de la haute société  égyptienne et européenne.
A la suite d’une excursion en Syrie en 1927, elle découvre les ruines de Palmyre. C’est le coup de foudre et elle décide d’y emménager avec sa famille, Pierre reprenant un élevage des chevaux et elle, rachetant l’hôtel Zénobie. L’hôtel Zenobie qui survivra jusqu’à la révolution syrienne de 2011.

Marga devient, alors, la nouvelle reine de Palmyre accueillant les archéologues français et étrangers ainsi que les quelques rares touristes et hôtes de marque qui passaient par la cité du désert, tout en régentant en partie la vie du village arabe où elle trouvait ses salariés.
En 1933, elle décide d’accompagner un de ses employés, Soleiman, lors de son pèlerinage à La Mecque.
Pour cela elle divorce de Pierre et contracte un mariage blanc avec Soleiman dans le but de devenir la première femme occidentale entrer dans La Mecque.
Mais l’aventure tourne court. Soleiman, le mari factice meurt dans des circonstances troubles et Marga se retrouve emprisonnée à Djeddah pour adultère et meurtre de son légitime époux et risque la lapidation.
A la suite d’un procès, et surtout du soutien du consul de France, elle est acquittée et rapatriée. Après le désastre du voyage à La Mecque, Marga se remarie avec Pierre mais en décembre 1936, ce dernier est assassiné à Palmyre sans que l’on ne connaisse vraiment les mobiles.

“Douce France”

Seule, inquiète, Marga quitte Palmyre et l’Orient pour retrouver la France à la veille de la guerre.
Durant cette époque trouble, elle côtoiera la résistance par le biais de son fils Jacques – c’est d’ailleurs son revolver qui sera utilisé lors de l’attentat du métro Barbès le 21 août 1941- mais aussi la Gestapo avec laquelle elle envisagea un temps quelques affaires relativement opaque (trafic d’opium)…
Menacée par les truands Bonny et Lafont, elle se réfugie à Alger. où elle y exerce le commerce de la poudre d’or.
Après la mort de son fils aîné en 1945, elle est accusée d’avoir empoisonné son filleul, Raymond Clérisse.
Arrêtée à Nice, elle est incarcérée avant d’être rapidement mise en liberté provisoire pour ne plus être inquiétée par la justice ensuite.
Devenue propriétaire d’un yacht, elle disparaît mystérieusement à son bord le 5 novembre 1948 dans la baie de Tanger.
Un de ses serviteurs, Hans Abele fut jugé coupable du meurtre et condamné à 20 ans de réclusion.
Ainsi s’achève la vie de Marga D’Andurain, personnage trouble qui lutta toute sa vie au sein d’une société éminemment masculine, dirigée et conçue par et pour les hommes.

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