Mais que s’est-t-il vraiment passé le 9 juin 1660 à 12h15 en l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz ?

Tout d’abord, parlons des principaux protagonistes : Louis-Dieudonné Capet, alias Louis XIV allias Roi Soleil, María Teresa de Austria y Borbón, allias Marie-Thérèse d’Autriche mais plus communément appelée Maïté après son passage au Pays basque, et surtout Giulio Raimondo Mazzarino (nom d’escroc s’il en est) surnommé Mazarin, cardinal et principal instigateur de cette sombre histoire.

L’origine de tout ce “pataquès“ à Saint Jean de Luz : une guerre entre l’Espagne et la France qui n’en finit pas (elle durera 30 ans en vrai) et qui commence à courroucer le Premier Ministre Mazarin qui voit ses rentes personnelles indexées sur les revenus de l’état en forte baisse du fait du coût exorbitant de ce conflit, et qui l’empêche, surtout, d’aller acheter ses clopes et son Pastis à Behobie, quand il vient passer quelques jours de vacances en Côte basque.

L’idée d’un traité de paix naît donc dans l’esprit aiguisé du rusé Cardinal. Mais le soucis, à l’époque, c’est qu’un bon traité de paix ne peut se concevoir sans un bon mariage royal de derrière les fagots.

“Qu’à cela ne tienne ! ” se dit Mazarin, Louis Dieudonné a 22 ans, n’est pas marié, et avec un prénom pareil, ne sera pas facile à caser. De l’autre côté des Pyrénées, Maïté, bien qu’espagnole, est quand même la cousine germaine de Louis, accessoirement la petite-fille d’Henri IV (pas de Pau), elle est célibataire et dispose d’une dote de 500 000 écus.

Et là, il décide d’organiser un mariage royal à coté duquel celui de Meghan et Harry ressemblera à la fête de communion de ta petite nièce de Mont-de-Marsan.

Il commence par signer le Traité des Pyrénées le 7 novembre 1659 sur l’île des Faisans à Irun, qui explique – je résume un peu les 374 pages du document – que la France et l’Espagne sont maintenant en paix et que la frontière franco-espagnole sera déterminée par la ligne de crêtes pyrénéennes. Le genre de texte que même un député du MODEM pourrait comprendre. Et dans la foulée, le bon cardinal fixe la date du mariage le 9 juin 1660 à Saint Jean de Luz.

Et c’est là que ça se corse (ou plutôt que ça se basque) car Saint Jean de Luz pour les parisiens de l’époque, c’est à peu près la même chose qu’Aire sur Adour pour un new-yorkais aujourd’hui.

Le 8 mai 1660, la cour de France débarque donc en toute discrétion à Saint-Jean de Luz avec 150 gentilshommes, une garde de 100 chevaux et 300 fantassins… Le roi et sa mère s’installent dans la maison Lohobiague, riche demeure du Maire de l’époque.
La ville étant complète avec tout ce petit monde, Mazarin s’installe à Ciboure, ce qui le rapproche de l’Espagne pour aller acheter les alcools du mariage dans les ventas.

Le 7 juin, Louis, son frère et sa môman Anne d’Autriche, Monsieur, le frère du roi, suivis de quelques  princesses et de la noblesse, vont chercher Maïté à Fontarabie où une première petite sauterie digne d’un enterrement de vie de jeune fille à Sansé avait été préparée par Philippe IV, le Roi d’Espagne. Vale vale !

“Le grand jour, une autre vie, une autre destinée..”

Et le 9 juin, c’est le Jour J. Le soleil – il se montre parfois sur la Côte basque – s’est levé sur le Saint Jean de Luz depuis un moment déjà, quand Louis sort de la maison Lohobiague légèrement vaseux après son enterrement de vie de garçon de la veille à la Nuba.

Il rejoint Maité à la maison de l’Infante. Maison que l’on pouvait visiter gratuitement à l’époque. Il fait bon, le ciel est bleu et pas de nuages à l’horizon.
“Le gros coup de bol.” se dit Mazarin. Une fois sa promise (non cuitée) récupérée, Louis et tout un cortège de courtisans se dirigent vers la petite église Saint-Jean-Baptiste.
On a entièrement tendu la rue qui part de la maison,  de tapisseries luxueuses, rue elle-même bordée par les gardes suisses et françaises figées au garde-à-vous. En tête de file, Mazarin, qui se dit qu’il est en train de réussir le gros coup de sa vie.

“Le dimanche à Bamako Saint Jean de Luz, c’est le jour de mariage”

Même si on a du mal à l’imaginer, Saint Jean de Luz est encore plus gavé qu’un 15 août. On aperçoit les maréchaux de Turenne et de Gramont, le duc de Vendôme, l’évêque de Fréjus et même Michèle Alliot-Marie tout juste rentrée de ses vacances en Tunisie…
Bien que l’église soit partiellement en travaux (une vieille coutume qui persiste, les travaux à Saint Jean de Luz.), la messe dure quand même trois heures, histoire de bien montrer à tous ses gens qu’ils ne sont pas venus pour rien.
La liturgie est plutôt classique car c’est l’évêque de Bayonne qui officie. Il s’exclamera d’ailleurs à la fin
“ A y est, vous êtes mariés ! ” (à vérifier). 

La ville est en liesse, et pour fêter ça, la famille Adam qui n’a rien à voir avec la famille Addams, après avoir hésitée longuement avec la brosse, décida plutôt d’inventer le macaron.

Pour être sur qu’aucun gros mariage ne se déroule plus au même endroit, Luis ordonne que l’on fasse murer la porte par laquelle passa le couple royale. Décision fâcheuse qui obligera Vincent Cassel et Tina Kunakey, quelques années plus tard, à se marier à Bidart.

Après, tout va très vite : un vin d’honneur servi par MAM à la mairie et un dîner à la Maison de l’Infante.

La cour, après une étape à Bayonne (Louis était fan de l’Aviron Bayonnais, et on le comprend) mettra 29 jours pour rentrer à la capitale. On peut trouver ce temps de trajet important mais le Roi soucieux de faire fonctionner les services de l’état, avait choisi la SNCF.

Le 26 août, tel Paul Pogba présentant la coupe du Monde 2018 à l’Elysée, Louis présente fièrement sa “conquête” aux parisiens.

Marie-Thérèse, elle, mourra le 30 juillet 1683 d’une “tumeur sous le bras gauche” avec une paire de corne encore plus grande que celles de Valérie Trierweiler..

 

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