Chapitre 22

Octobre vint. Le vent du sud souffla pendant huit jours. On vit s'enfuir vers le Sud les palombes effrayées L'hiver apporta ses pluies et ses tempêtes. Un vapeur norvégien fut jeté à la côte, non loin de la barre de l'Adour. Le printemps fleurit les cerises d'Itxassou. Enfin l'été ramena les touristes...

Près d'un an après les évènements que clous venons de conter, sur le coup de une heure après midi, on pouvait signaler parmi les nombreuses personnes qui se disputaient les tables du Sonny's, quelques-unes de nos connaissances. Enfin, elles parvinrent à s'asseoir. Il y avait là le baron de Courcy, le comte et la comtesse de Bassussary, Carmen Olozabal, le comte et la comtesse Géraud, le marquis et la marquise de Montfort qui, débarqués de la veille, n'étaient pas au courant des derniers échos de Biarritz.

C'est l'affaire de quelques heures. Mais il vaut mieux, en arrivant dans cette station de se renseigner sur les divorces, les mariages, les liens qui se nouent et ceux qui se dénouent. Cela évite des gaffes qui, précisons-le, sont entièrement dépourvues de gravité. Dans certaines villes de province et même dans certaines capitales, une femme qui a passé dix années de sa vie avec un monsieur, et qui s'est séparée de lui, se croit obligé d'avoir l'air de ne pas le connaître, surtout si, lorsqu'elle le rencontre, elle est avec son second mari. Cela est parfaitement hypocrite. A Biarritz l'usage est, dans le cas où ces messieurs ne sont pas déjà amis, de les présenter l'un à l'autre.

- Alors, Marie-Louise, quand va-t-elle épouser Craven ? demanda le marquis de Montfort.

- Elle ne va pas l'épouser. Tout est rompu.

- Que s'est-il passé ?

- Eh bien voilà. Ils ont fait leur voyage de noces...

- Mais ils n'étaient pas mariés ?

- Bien sûr que non. Ils avaient décidé de le faire avant, pour bien se connaître et être sûrs de ne pas commettre une sottise en se mariant.

- Elle, c'était la quatrième fois ?

- Oui, et lui la troisième.

- Alors, à Rome, ils se sont aperçus que ça ne collait pas du tout... Il l'a laissée là-bas et est allé finir ses vacances à Monaco.

- Et elle ?

- Elle a fait la connaissance d'un comte italien, charmant, qu'elle va peut-être épouser.

- Au fond, c'est une très bonne idée de faire le voyage de noces avant que tout soit consommé.

- Comment, avant que tout soit consommé ?

- Oui, avant la bénédiction nuptiale, la signature du Maire et tout le reste.

- Si la pauvre Marguerite l'avait fait?...

- En effet, on dit qu'ils vont se séparer.

- Je n'ai jamais compris qu'elle épouse ce garçon, avec la réputation qu'il a.

- Si on devait s'arrêter à çà, une fille ne se marierait jamais. Il n'y à pas un jeune homme, à peu près bien physiquement, dont on n'assure qu'il est de la confrérie...

A ce moment, Mrs Mac Gregor fit son entrée, accompagnée d'un beau brun.

Le comte Géraud enchaîna

- Ou qu'il travaille des nageoires.

- A ce propos, demanda la marquise de Montfort, Georges St-Yves l'a donc plaquée?

- Mais non, ce pauvre Georges, cette affaire de Maryluna lui a fichu un coup. II s'est mis à réfléchir. II a pensé qu'il avait près de 34 ans, et qu'il devait se faire une situation: Alors Mrs Mac Gregor l'a trouvé trop vieux et l'a laissé tomber.

- Et qu'est-il devenu? - Un de ses amis, entré dans un Ministère, l'a pris
comme chef de cabinet. Quand le Ministère a été renversé, Georges St-Yves a été nommé sous-préfet à Morcenx. Il parait qu'il se débrouille très bien.

- Jackie Goldsmith?

- Elle a vendu sa villa, et elle a complètement disparu de la circulation.

- Et lui, toujours introuvable?

- Toujours.

- Il est peut-être mort ?

- C'est fort possible.

François de Vauclair qui était jusqu'alors demeuré silencieux, dit

- Je l'ai vu le mois dernier.

- A Bagdad ?

Non, je suis allé à Bagdad ensuite. Le mois dernier j'étais à Caracas.

- Mais vous êtes sûr que c'était lui ?

- Autant que je suis sûr de votre présence.

- Mais comment ?

- J'étais à côté de lui dans un magasin. il choisissait des cravates, avec le plus grand soin. Je l'ai examiné à loisir. Je ne crois pas qu'il m'ait remarqué, Lorsqu'il est parti, j'ai dit au marchand que je croyais reconnaître ce monsieur. " Bien sûr, m'a-t-il répondu. Tout le monde le connaît. C'est M. Hernandez, le grand propriétaire de puits de pétrole " . Je suis sorti derrière lui. Il s'est dirigé vers une magnifique Cadillac noire dans laquelle l'attendait une fort jolie femme que nous connaissons tous : Jackie Goldsmith elle-même.

- Formidable ! dit le comte Geraud. Alors, il lui a pardonné.

- Vous êtes bien bon, riposta sa femme. Il essaie de l'assassiner, et c'est lui qui pardonne !

- Disons qu'ils se sont pardonnés l'un à l'autre.

- En somme l'histoire finit bien pour tout le monde.

- Sauf pour les morts.

- Il ne faut pas trop demander aux histoires.

- Ce que je vois de plus clair en celle-ci, dit la charmante marquise de Montfort, c'est qu'il n'y aura pas de bal cette année à Maryluna.

- Pas de bal, et pourquoi ?

- Goldsmith et sa femme ne vont pas revenir de Caracas pour nous faire danser.

- Mais puisque je vous dis qu'ils ont vendu Maryluna à des gens tout à fait charmants. Démétropoulos, ils s'appellent. Lui est Grec, ou Levantin, quelque chose comme ça, Elle, je ne sais pas. Elle parle le français avec l'accent anglais et l'anglais avec l'accent espagnol. Justement la voici.

- Elle est ravissante !
- Bonjour, ma chérie. Comme tu es belle ce matin,
- Et pourtant nous sommes restés au Casino jusqu'à 4 heures.

- Mme Demetropoulos, le marquis et la marquise de Montfort.

- Je suis ravie de vous connaître. J'espère que vous viendrez au bal chinois que j'organise pour le 5 septembre. C'est le comte de Bassussary lui-même qui se charge de décorer la villa.

- Avec le plus grand plaisir.

- Mon Dieu ! II est deux heures moins le quart, et nous déjeunons à Hendaye chez Paule de Beauval.

- Bye ! Bye !

- A demain...


Fin.

 

 




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