Chapitre
21
" Faites l'impossible, avait dit Petiot à ses collègues parisiens, pour arriver ce soir. Et si l'oiseau est fatigué par le voyage, tant mieux, ça le rendra peut être plus souple. En tout cas, si vous vous arrêtez quelque part, prenez garde ! Que l'un de vous veille si l'autre dort: Et téléphonez-moi demain à la première heure pour que je sache où vous êtes, et que tout va bien ".
Il comptait les voir à Biarritz vers minuit. A une heure du matin, il se coucha, donnant ordre qu'on l'avertisse aussitôt qu'il y aurait quelque nouvelle. Il dormit assez mal, et ne se réveilla pas avant huit heures, le lendemain matin.
C'est seulement à la fin de la matinée qu'un coup de téléphone de Bordeaux l'informa de l'accident.
Il était entre 21 et 22 heures, lorsque celui-ci s'était produit. Santiago Goldsmith n'était pas à cinquante mètres de là, lorsqu'une camionnette s'arrêta en voyant la Cadillac enfoncée dans le platane. Comme cette camionnette n'avait point de coussins fragiles, ses occupants, de braves commerçants, n'hésitèrent pas à prendre avec eux le policier blessé et à le transporter dans un hôpital bordelais.
L'hôpital prévint
assez tardivement. la gendarmerie. Celle-ci se rendit aussitôt sur les
lieux. Rien ne pouvait faire penser qu'une autre voiture ait provoqué
l'accident. Le conducteur sans doute s'était endormi au volant.
Le corps de l'Inspecteur Charles fut mis à la morgue. Le Commissaire
Dupont était toujours dans le coma. On trouva dans leurs poches leurs
identités, et on fut quelque peu surpris de voir deux policiers utiliser
par leurs déplacements personnels une si belle voiture. A aucun moment,
personne n'eut l'idée qu'un troisième homme s'y trouvât
avec eux.
Dupont était beaucoup moins gravement touché qu'on ne pouvait le craindre, et on attendit qu'il fut en état de parler pour essayer de déterminer les circonstances de l'accident.
Ses premiers mots furent
- Où est Goldsmith?
L'infirmière crut qu'il s'inquiétait de son collègue.
- II est en bas, répondit-elle, sans préciser.
- Bien, dit Dupont rassuré.
Un Moment après, il recommença à parler de Goldsmith.
- Je devais le conduire à Biarritz.
- II est bien malade, répondit l'infirmière, toujours dans son erreur.
Dupont n'en parut pas autrement affecte.
- II faut avertir la police à Biarritz, dit-il.
Apprenant que le blessé était en état de parler, les gendarmes qui avaient enquêté sur l'accident vinrent le voir. Un moment ils crurent que ce Goldsmith dont il parlait était né du coup qu'il avait reçu sur la tête. Comme il insistait à parler de Biarritz, on téléphona au Commissariat de cette ville. Petiot y était, attendant anxieusement des nouvelles. II bondit à l'appareil.
Voilà, dit le gendarme bordelais, vous attendiez un Commissaire et un inspecteur de police, venus de Paris en automobile.
- Oui.
lis ont eu un accident avant d'arriver aux Quatre-Pavillons. La voiture s'est jetée contre un platane. L'un est mort. L'autre va s'en tirer.
- Et Goldsmith?
- Qu'est-ce que c'est que ce Goldsmith ?
- C'est l'individu qu'ils accompagnaient.
- Ils n'avaient aucun individu avec eux.
- Le corps n'est pas resté dans la voiture?
- Mais non. Ils étaient deux. Pas un de plus..
- Comment s'est produit l'accident?
- La voiture a percuté sur un platane. Le conducteur devait s'être endormi.
- Endormi ! Pensez-vous qu'il se soit endormi !
C'est ce s... de Goldsmith qui a provoqué l'accident ! A quelle heure s'est-il produit?
- Hier soir, vers dix heures.
Nom de D... de nom de D
Tous les services de police furent mobilisés, toutes les brigades de gendarmerie. Un mandat d'arrêt fut lancé. La photographie du meurtrier envoyée à tous les journaux.
On reçut quantité d'informations. Goldsmith fut aperçu dans un café du port de Boulogne, On le vit sur la Canebière. L'attaché de l'ambassade du Pérou fut retenu deux heures à la frontière suisse, car son signalement ressemblait à celui de Goldsmith, et cela provoqua un important échange de notes diplomatiques
A Biarritz, le chevalier de Kesmariac, le radiesthésiste bien connu, découvrit que Goldsmith était sur la côte normande. Et, en effet, un restaurateur de Lisieux téléphona à la police pour signaler la présence d'un individu, qui ressemblait au fameux bandit. Il avait mangé un bifteck et des pommes frites. Mais il était parti lorsque la police arriva.
" L'arrestation de l'étrangleur de Maryluna est imminente" annonça la grande presse.
Cependant Mrs Mac Gregor, aux mains de l'excellent Docteur Depois, revenait progressent à la vie.
Georges St-Yves avait réintégré sa cellule, bien que chacun fut assuré de son innocence. Mais les formalités de la mise en liberté provisoire durèrent deux bonnes journées. On renonça d'ailleurs, contrairement à ce qu'on avait d'abord pensé, à lui demander une caution, qu'il eut été incapable de payer.
Jackie Goldsmith, accablé du malheur qui s'était abattu sur elle, comptait sur la présence de Georges pour la consoler. Mais Mrs Mac Gregor, qui, décidément se tirait d'affaire, exigea qu'il passe presque tout son temps à son chevet. Elle avait informé Georges que, dans l'attente d'un dénouement fatal, elle se proposait de lui léguer sa fortune, dès qu'elle serait en état de refaire son testament.
De telle sorte que Jackie se trouva plus délaissée qu'elle ne l'avait jamais été. Elle eut la consolation de retrouver son collier, au cours d'une perquisition faite à Maryluna.
Mais les jours passèrent
sans apporter aucune nouvelle de Santiago Goldsmith. La justice française
essaya de mettre la main sur ses biens. Maryluna était au nom de Jackie.
Et on apprit qu'une grande partie de sa prétendue fortune était,
en fait, la propriété d'un certain Hernandez, dont il n'avait
été que l'homme de paille. On signala la présence de
Santiago Goldsmith au Venezuela. Il fut même question d'extradition.
Mais la doctrine de Monroe rend sur ce point les Etats d'Amérique du
Sud absolument intraitables, comme on t'a vu en d'autres circonstances.