Chapitre 20

Partis de Paris à midi, Goldsmith et ses compagnons avaient déjeuné en route. Ils avaient eu une conversation cordiale, s'abstenant de parler de l'affaire qui les intéressait tous les trois à des titres divers.

L'Inspecteur Charles, excellent conducteur, avait proposé à Goldsmith de prendre le volant durant quelques heures pour lui permettre de se reposer un peu.

Santiago avait accepté, et dormit profondément,dans le fond de la voiture, veillé par ses anges gardiens. Ce repos avait mis de l'ordre dans ses Idées. II ne devait se faire aucune Illusion. La Justice savait presque tout et finirait par tout savoir. Jackie, lorsqu'elle apprendrait qu'il avait essayé de l'empoisonner, dirait ce qu'il ne fallait pas dire. Deux meurtres, dont l'un au moins avec préméditation; plus la tentative
d'un double meurtre, c'est la guillotine. Au mieux, les travaux forcés à perpétuité.

Il fallait tout risquer pour éviter cela.

A Angoulême, il offrit à l'Inspecteur Charles de le relayer, et prit le volant.

La nuit commençait à tomber tandis qu'ils s'approchaient de Bordeaux. Le Commissaire Dupont était assis à la droite de Santiago, tandis que l'Inspecteur Charles était derrière lui. Tous deux ne cessaient de le surveiller avec attention.

- En somme, dit à brûle-pourpoint Santiago Goldsmith, vous êtes curieux de savoir qui est l'auteur des crimes de Maryluna?

- Nous nous en doutons bien un peu, répondit le Commissaire.

- Sans doute. Mais si le meurtrier n'avoue pas, et je doute qu'il avoue, comment démontrerez-vous sa culpabilité ?

- Je crois que les relations d'affaires qu'il avait avec Bartholomew Fenton et la bouteille de whisky droguée qui a empoisonné Mrs Mac Gregor suffiront à convaincre un jury.

Peut-être. Mais la mort de Monnier, comment l'expliquez-vous ?

- Et vous ?

- C'est bien facile. Monnier a dit à Madame Goldsmith qu'il avait reconnu un individu suspect. Celle-ci a répété le Propos à son mari, qui a eu la chance, un moment après, de voir Monnier, dans l'ombre, observant les gens. Il lui a demandé quel était ce suspect. Et Monnier a indiqué Bartholomew Fenton. Supposez que le mari de Mme Goldsmith ait projeté de voler le collier et de le remettre à Fenton. qui devait le négocier tandis que lui toucherait l'argent de l'assurance, cela mettait son plan à l'eau. C'est pourquoi il y a jeté Monnier dans la piscine après avoir tiré sur le cordon que ce dernier portait toujours autour du cou.

- Alors, vous avouez? C'est ce que vous avez de mieux à faire. Et le meurtre de Fenton ?

- Celui-là, dit Santiago rancunier, c'est une belle fripouille. II a commencé à me faire chanter. Il n'aurait pas cessé de le taire. Comme d'autre part j'avais entendu St-Yves dire à ma femme qu'il avait l'intention de s'enfuir par le petit chemin de la piscine, je les ai suivis, et lorsque Fenton a été seul, je suis arrivé derrière lui en marchant dans l'herbe, et lui ai bondi dessus, avec le cordon que j'avais gardé de la première fois. Je n'ai pu malheureusement l'empêcher de crier.

L'attention des policiers était distraite par cette conversation passionnante. Santiago Goldsmith avait ralenti la marche de la voiture. Il se cramponna de toutes ses forces au volant, s'arc-bouta avec ses pieds, et jeta l'automobile, qui marchait à 50 à l'heure, sur un platane.

Il fut à moitié assommé par le corps de l'Inspecteur Charles qui allait se défoncer le crâne sur le pare-brise. Durant quelques minutes, Santiago demeura immobile et presque sans connaissance. Puis il fit jouer ses articulations. Il avait reçu un bon coup de volant dans la poitrine, qu'il avait heureusement amorti en prévoyant le choc. Son genou droit était douloureux.

Rien de cassé. Il alluma l'intérieur de la voiture. Joli spectacle. Charles avait cessé de saigner. Il était mort. Son collègue était à peu près dans le même état. Santiago essaya d'ouvrir la portière. Elle était bloquée par le choc. Difficilement, à cause de son genou, il passa à l'arrière de la voiture. II eut la précaution de prendre une petite valise, avec un vêtement destiné à remplacer celui qu'il portait, et qui était couvert du sang de ses victimes. Il fit quelques pas. L'air frais le mit d'aplomb. Il vérifia la présence dans sa poche d'un portefeuille extrêmement épais. Avec ça, pensa-t-il, il pouvait aller loin. Il n'était pas à plus de deux kilomètres de Bordeaux. Boitant un peu, se dissimulant sur le bas côté de la route, il se mit lentement en marche...


A suivre...

 

 




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