Chapitre
19
Dans l'état de désarroi que lui causait l'incarcération de Georges, l'attitude énigmatique de son mari, et " le mystère de Maryluna " sur lequel elle réfléchissait beaucoup, Jackie Goldsmith avait trouvé un appui très solide en Mrs Mac Gregor.
A vrai dire, elle était devenue son amie, les différences d'âge, de classe, de, nationalité s'effaçant devant le grand sentiment qui rapprochait ces deux femmes; leur commune admiration pour Georges St-Yves.
Presque tous les jours, Jackie allait voir Mes Mac Gregor. Celle-ci trouvait dans l'alcool un réconfort plusieurs fois quotidien. Mais s'il augmentait son optimisme naturel, il ne portait aucune atteinte à un esprit pratique qui l'avait toujours empêchée, même en ses apparentes folies, de perdre le contact avec la terre terme.
Lorsqu'elle reçut la fameuse lettre relative à l'évasion de St-Yves, Jackie alla la montrer à la vieille dame
- Que comptez-vous taire? dit Mrs Mac Gregor
- Y aller, naturellement. Si je puis aider ce garçon, qui est innocent, à reprendre sa liberté, je ne peux refuser de le faire.
- Et votre mari ?
- Justement, il part ce soir pour Paris.
- Ce soir justement?
- Oui.
Mrs Mac Gregor réfléchit un moment.
- Ma chère amie,
dit-elle, ne m'avez-vous pas dit
que votre mari, depuis quelques temps, vous paraissait changé ?
- Oui, c'est la vérité.
- Ne pensez-vous pas que ce départ et cette lettre soient une machination de sa part si, par exemple, il voulait divorcer, et avoir des arguments contre vous.
- Ce n'est pas impossible. Mais je ne peux laisser Georges, s'il parvient à sortir de prison, au milieu de la rue, m'attendre en vain.
- Et si je venais avec vous? Ainsi, vous seriez à l'abri de ces machinations.
On ne saura jamais s'il y avait dans la proposition de Mrs Mac Gregor le souci de ne pas laisser cette jolie femme seule avec Georges St-Yves, ou une générosité désintéressée. Toujours est-il que Jackie accepta la proposition avec joie. De telle sorte qu'il n'y avait pas une femme, mais deux, dans la voiture de Jackie lorsque St-Yves y entra.
Fut-il déçu ? II n'en manifesta rien. Au demeurant, préoccupé de conduire dans le brouillard, il réduisit la conversation au strict minimum jusqu'à l'arrivée à la maison d'Aïnhoa.
On mit la voiture dans le garage. En entrant dans la maison, Georges se vit dans une glace et poussa un cri d'horreur. II n'était pas rasé depuis deux jours, et avait l'air d'un bandit.
- Avant toute chose, dit-il" je serai bien heureux de changer ma physionomie.
- Vous avez en haut tout ce qu'il faut, dit Jackie, si ça ne vous ennuie pas d'utiliser le rasoir de Santiago.
Pendant que Mrs Mac Gregor restait dans la pièce da bas, Jackie montra le chemin à Georges.
Aussitôt qu'ils furent seuls, comme bien on pense, elle tomba dans ses bras. Les minutes passèrent... très vite pour eux, très lentement pour l'excellente Mrs Mac Gregor. Heureusement, elle vit la bouteille de whisky qu'avait laissée en évidence Santiago Goldsmith, et s'en servit une bonne rasade, sans eau.
Jackie, en descendant, trouva la vieille dame qui ronflait comme une bienheureuse. Elle sourit, remonta auprès de Georges. Un moment après, ils redescendirent tous les deux.
La vieille dame ronflait toujours.
- II faut la réveiller, dit Georges.
- Pour quoi faire, dit Jackie.
- Ne trouves-tu pas curieux qu'elle se soit endormie comme ça 7
ils virent la bouteille et se servirent, Jackie porta son verre à ses lèvres.
- Ne bois pas ! dit-elle.
- Que se passe-t-il ?
- Je trouve que le whisky a un drôle de goût.
- Tu es folle, il est excellent.
- Je te dis de ne pas boire ! Si ce whisky était drogué ?
- Qui veux-tu qui l'ait drogué?
- Ne me demande pas de te répondre. Essayons de réveiller Mrs Mac Gregor.
En vain, ils la secouèrent, lui jetèrent de l'eau froide sur la figure. Ils commencèrent à avoir peur.
- Georges, dit Jackie, cette étrange évasion, ce billet rue j'ai reçu, l'absence de mon mari, ce sommeil si profond... II faut avertir la police.
- Tu es folle ! Retomber dans ses pattes alors que je suis libre?
- Georges, on veut te mettre un nouveau crime sur le dos. Téléphone au commissaire Petiot.
Il se laissa convaincre. Petiot arriva bientôt. II comprit aussitôt ce qui s'était passé. On conduisit Mrs Mac Gregor dans la clinique du Dr Depois, à St-Jean-de-Luz, et on procéda à une perquisition en règle de la maison, qui permit de trouver la lettre que Jackie affirma n'avoir jamais écrite.
Petiot téléphona
aussitôt au Juge d'instruction, puis à Paris. Nous avons vu dans
le chapitre précédent les conséquences de cette communication
téléphonique.