Aujourd’hui, le vautour est considéré comme strictement
charognard, même si des comportements « aberrants » de certains, individus
agressant des animaux affaiblis, malades, mourants, voire voler vivants ont
été confirmés. Des pratiques qui augmentent au fur et à mesure que la population
de vautours s’accroît.
Pourtant, occupée par les bergers depuis des millénaires, la montagne basque
n’a jamais accueilli autant de bétail et la disponibilité en cadavres a de ce
fait augmenté. L’accroissement des cheptels ovin, bovin ainsi que des élevages
hors-sols de porcins a pallié la chute importante de nourriture disponible dans
les années 50 quand les animaux de trait ont disparu, puis plus tard, la crise
du traditionnel système agropastoral suscitée par l’évolution des systèmes d’élevage.
La disparition des grandes transhumances a également affecté la disponibilité
en ressources alimentaires. Un facteur qui évoluera en fonction des réglementations
concernant l’équarrissage dans les zones à vautours. Malgré cela la population
de vautours du Pays basque n’a jamais été aussi importante et bien portante
qu’aujourd’hui. Selon les associations ornithologiques la population sur le
territoire basque est passé de 400 couples en 1979 à environ 1 200 en 1989 et
près de 3 000 actuellement, ce qui rend très facile leur observation depuis
plusieurs villes comme Donostia (Saint-Sébastien), Baiona, Bilbo, Gasteiz (Vitoria)
ou Irueea (Pampelune).
Outre l’abondance en nourriture, le développement galopant de cet animal grégaire
- c’est-à-dire qui vit en groupe tant pour se reproduire que pour se nourrir
-est dû aussi à la protection de l’espèce. Les persécutions directes ont quasiment
disparu, bien que des chasseurs persistent à les confondre avec des palombes,
mais les vautours ne sont plus tirés comme ils l’étaient auparavant et les colonies
de reproduction n’ont plus été pillées par les collectionneurs doeufs, certaines
étant même protégées par les lois.
Un facteur combiné avec une mortalité en recul notamment des adultes. En revanche,
l’immigration ne peut expliquer cette augmentation de la population, car même
si les vautours sont capables de grands déplacements, (on a vu de jeunes vautours
pyrénéens migrer vers le sud-ouest, certains traversant même le détroit de Gibraltar,
voire le Sahara !), la population du Pays basque a toujours constitué un réservoir
de vautours pour les zones avoisinantes.
Les rythmes de reproduction n’ont pas non
plus évolué. Le vautour fauve pond toujours un neuf en moyenne, sur 100 neufs
pondus, 65 jeunes vautours s’envoleront.
Au‑delà de la population basque de vautours fauves, ces facteurs sont
extensibles à l’ensemble de la population ibérique, où se pose encore le problème
de l’utilisation d’appâts empoisonnés extrêmement meurtriers. La population
ibérique est estimée aujourd’hui à environ 16 500 couples, dont environ 3 000
sont cantonnés en Pays basque, depuis des falaises proches de l’Atlantique,
jusqu’aux falaises humides de Basabüria (haute Soule) ou les canyons brûlants
des Bardenas.
C’est en Navarre dans le canyon d’Arbaiun que se trouve la colonie la plus importante
du monde avec plus de 250 couples reproducteurs ! Le cycle de reproduction (un
seul neuf pondu en hiver) est long deux
mois d’incubation et quatre mois à partir de l’éclosion jusqu’au premier envol
du poussin ...
Cette période délicate nécessite une certaine tranquillité que les vautours
recherchent dans des falaises plus ou moins inaccessibles. Mais le développement
de pistes et de routes les rendent plus faciles d’accès à tel point que certaines
colonies ont été désertées.
Pourtant, ces oiseaux sont devenus beaucoup moins craintifs depuis 20 ans.Curieux
paradoxe que cette espèce sauvage strictement dépendante des activités humaines
soit en plein développement, alors que l’économie traditionnelle à laquelle
elle s’était adaptée est, elle, en pleine crise. Lavenir de cet oiseau est étroitement
lié à celui de l’élevage au Pays basque, et donc aux orientations agricoles
et aux pratiques qui seront utilisées dans le futur. Mais la récente crise de
la vache folle fait craindre de nouvelles menaces sur l’approvisionnement en
nourriture suite à l’enlèvement automatique des carcasses.
IKER ILUSÉGUY
PAYS BASQUE MAGAZINE ‑ 75