Un voyage à Biarritz en 1807
LA REINE HORTENSE DE HOLLANDE

Ce jour d'été 1807, la petite place de la Porte d'Espagne, à Bayonne, était remuante. Marchandes de poissons, colporteurs chargés de cotonnades, coches et cacolets de Biarritz s'y pressaient sous le soleil qui faisait poudroyer, le sable de la route d'Espagne, qui partait, droite, devant la large porte béante, au delà du Pont-levis que gardait un soldat.

Au milieu de cette cohue pittoresque arriva soudain une femme, qui semblait âgée d'une vingtaine d'années (elle en avait vingt-quatre), de mine altière, vêtue avec simplicité, bien que sa mise, dans sa sobriété, le tissu de ses vêtements fissent voir qu'elle était de haut rang. Des cheveux noirs encadraient son visage ovale. De grands yeux couleur châtain coloraient son teint mat. D'elle, émanait un grand charme, très féminin ; le type était celui d'une créole, mais de caractère très peu indiqué. Derrière elle, à quelques  pas, une autre jeune fille marchait, blonde celle-là et rieuse, qui la rejoignit alors qu'elle regardait un petit cheval blanc chargé de son cacolet.

Les deux femmes caressèrent l'animal. Alors une jeune fille se détacha d'un groupe qui bavardait à quelques pas. Souple et légère, elle faisait voler sur ses sandales noires une large jupe d'espagnolette claire. C'était presque une enfant encore, une fille de Biarritz, Marie Dalbarade. Une de ces filles de Biarritz dont De Lancre disait, quelques années auparavant, dans son rapport sur la sorcellerie en  Labourd « qu'elles portaient dans l'oeil gauche une marque imprimée: par le démon », et dont Germond de Lavigne, commentant son prédécesseur ajoutait : « De Lancre s'est trompé de plus de moitié, elles ont mieux qu'une marque dans l'oeil, les filles de Biarritz, de Bayonne, d'Anglet et de Saint-Esprit, c'est le démon, lui-même, qui habite dans ce malin regard, dans ce fin sourire, et ce serait bien dommage que De Lancre eût bridé les jeunes filles de Biarritz pour avoir  si bien logé l'esprit malin. »

Marie Dalbarade, ce jour de soleil, portait sa coiffure des jours de fête: les cheveux relevés sur le dessus de la tête, Le cacoletformant le chignon ou mototch. Dessus était fixé un carré d'étoffe légère appelé stinquerque, dont deux extrémités relevées sur les côtés du visage étaient retenues sur le front par des épingles et les deux autres extrémités pendant sur la nuque.

Elle arriva donc, Marie Dalbarade, légère et avenante, devant les deux voyageuses, car ce n'étaient pas des dames de Bayonne, cela se voyait. Et elle leur parla :

« Voulez-vous, Mesdames, dit-elle, en faisant une révérence, aller à la côte de Biarritz ? »

Les deux femmes se consultèrent et la brune, d'un sourire acquiesça. Relevant leur longue traîne, elles s'installèrent dans les baquets du cacolet. Le cheval blanc, philosophe, abandonna sa méditation, et la cacoletière, tenant sa bride, s'en fut sur la route blanche, dépassée par des coches poussiéreux.

La Route Royale allait vers l'Espagne, toute droite, la campagne verdoyante riait. Après les fossés bourbeux, la nature reprenait ses droits, des bosquets alternaient avec de vertes prairies. Bientôt, après quelques kilomètres, entre deux vallonnements, la brune voyageuse, fit ralentir le cacolet et regarda le calme Adour qui coulait lentement, au loin. Mais, plus tard après un boqueteau de pins, la cacoletière s’arrêta; La route d'Espagne faisait un coude, filait vers la gauche, quelques masures blanches et rouges, s'aggloméraient, c'était Anglet. Sur la droite, une sente s'amorçait sableuse, semée de fondrières ; des thuyas, des chardons l'encombraient. Marie Dalbarade rassura les voyageuses, c'était le chemin de Biarritz, trois kilomètres de ce dur parcours, et l'on serait arrivé.

Et la promenade reprit, pleine, à présent, de cahots et de heurts. Le soleil faisait miroiter des étendues de sable que protégeaient à peine des pins rabougris.

Enfin, au haut d'une courte éminence, ce fut la propriété de Bel-Air, où le cheval souffla un peu. De là, on découvrait un panorama magnifique, une des voyageuses sauta à terre prestement, respira l'air pur de ce plateau. Au loin, la mer scintillait, on voyait le sommet du Cap Saint-Martin, aride et nu s'avançant dans les flots.

Et la route continua, pénible encore, et enfin ce fut Biarritz, annoncé par l'air plus vivifiant, quelques maison­nettes pimpantes, peintes à la chaux, laissant grandes ouvertes leurs fenêtres par lesquelles on apercevait d'immenses lits cachés sous des rideaux à personnages historiques violemment coloriés. Le chemin devint plus large et Marie Dalbarade, flattée de posséder deux sémillantes voyageuses, se fit bavarde. D'autant plus que la brune passagère, qui semblait être d'un rang supérieur à sa compagne, demanda à la jeune biarrotte de rester à leur disposition et de leur faire visiter la côte.

On arriva sur une étroite placette qui dominait la, mer. A l'extrémité, en face, une vieille chapelle à demi ruinée offrait au soleil des murs lézardés et branlants. Sur le côté, une falaise qui tombait brusquement, s'adoucissant légère­ment sur sa droite. On apercevait au bas une étendue triste d'ajoncs et de chardons, un ruisseau courait. Seule une étroite bande de sable brillait près de l'eau,

En retrait un moulin vétuste, un étang croupissant, couvert de plantes.

«  La Côte du Moulin de Blaye, Madame. Au fond, là­-bas - elle montrait un promontoire escarpé derrière une haute dune qui arrivait presque à sa hauteur - le Cap Saint Martin. »

La vue était sauvage, tourmentée, quelques pins sur la haute dune. Derrière le cap gris noir, au loin, des forêts commençaient.

« On appelle aussi cette côte, la Côte des Fous, Madame ».

Les voyageuses sourirent.

«  Et pourquoi cette appellation ? »

« Parce que les docteurs prétendent que les bains pris ici, la violence des vagues, ont d'heureux effets sur les maladie mentales ».

« Et cette vieille chapelle, en face ? »

« Notre Dame de Bon Secours, Madame ».

« Mais elle tombe en ruine ».

« Oh, oui, Madame, elle ne sert plus. Autrefois, les jurats de Biarritz s'y réunissaient. Mais pendant la Révolution, le Comité Révolutionnaire y enferma ses prisonniers et saccagea tout. Il vendit même la balustrade de fer qui l'entourait. Depuis, elle est désaffectée et ce Quartier, le Quartier Boussingorry, est obligé d'aller à la Chapelle du Quartier du Bas. »

L’altière voyageuse regarda longtemps, longtemps le magnifique et sauvage paysage. En prit-elle dans son âme l'impression profonde et l'aima-t-elle ardemment, à tel point que, cinquante ans plus tard, son fils, par un obscur phénomène, regardant ces mêmes sites, les retrouvera, les aimera et s'en fera le chantre ?

Mais n'anticipons pas !

Pierre Loti, dans ses oeuvres, cite plusieurs cas analogues, de gens qui n'étaient jamais venus dans un pays, et qui pourtant le reconnaissaient, retrouvaient quelque chose de déjà vu, et faisant des recherches, apprenaient que leur père, ou leur grand père ou leur aïeul était passé dans ces lieux.

Conduites par Marie Dalbarade, les voyageuses descendirent ensuite un abrupt chemin qui prenait derrière l'église de Bon Secours et surplombait la falaise. Au bas, un ravin profond qu'il fallait contourner et une autre chapelle  basse et étroite, à quelques mètres seulement du précipice, attirait les regards. Autour d'elle, du côté gauche, quelques maisons groupées. L'intérieur de la chapelle était humide et ressemblait à un cachot.

Et Marie Dalbarade annonça, se retournant avec un sourire et en se signant

« La Chapelle de Notre Dame de Pitié, celle des marins. Autrefois, c'était la Chapelle Belay, parce qu'il y avait là, tout près, le château de Belay, duquel elle dépendait. »

La dame regarda derrière la chapelle, la crique qui des­cendait, abrupte. Au bas, une anse de sable, quelques barques tirées à sec sommeillaient. Quelques masures et des hommes ravaudant des filets. Passant derrière l'antique chapelle, la blonde voyageuse interpella bruyamment Marie.Port des Pêcheurs et rochers de L'Atalaye

« Qu'est ceci, cette statue de la Vierge dans cette niche ? »

En effet, au milieu de la muraille délabrée, dans une alvéole, face à la mer, une statuette, une vierge naïve reposait.

Et la jeune biarrotte leur conta cette légende locale au mystique parfum

«  C'est une statue qui a été trouvée, il y a bien long­temps, dans une grotte du Vieux-Port. On la mit dans la chapelle. Le lendemain, surprise, la statue avait disparu et on la retrouva au lieu même où elle avait été trouvée. On la remit dans la chapelle, au cours d'une procession solen­nelle. Le jour suivant, elle reprit le chemin du Vieux-Port. Mystère. Alors un prêtre eut l'idée de construire cette niche, à l'extérieur et d'y placer la statue ».

« Et maintenant, elle ne bouge plus ? »

Oh, si Madame, chaque fois que l'horizon devient noir, que la tempête s'approche. Comme pour prévenir les marins, la statue descend de sa niche et on la retrouve à terre, près de l'entrée.

Il y a même un homme ici, « Lou Boussut de Sansinot » qui est chargé du soin de la remonter chaque fois dans sa loge. Et jamais aucune barque ne sortira si la veille, la statue est descendue ».

La Reine Hortense de Hollande, fille de Joséphine de Beauharnais, mère de Napoléon III qui allait naître l'année suivante, on a deviné que c'était elle, suivie de sa compa­gne, une dame d'honneur, Mme de Broc, continuèrent, sous la conduite de Marie Dalbarade, la promenade. Le trio s'engagea donc sur une route qui longeait la chapelle, dominant la mer, mais au bout d'une centaine de mètres, fut arrêté par une éminence énorme, infranchissable. A droite et à gauche, un étroit sentier montait.

Prenant leur jupe à pleines mains, les courageuses voyageuses entreprirent la dure montée. Et le spectacle qui les attendait là haut méritait bien cet effort. Le mont avan­çait largement dans la mer, comme une proue, à droite on apercevait tout l'horizon jusqu'au pays des pins; devant, l'immense mer. Au pied, le Vieux-Port où les deux seuls bateaux que posaient encore les, marins biarrots dansaient sous la marée qui montait.

C'était un enchantement, la Reine regardait le panorama magnifique et respirait, essoufflée par la dure montée, l'air vivifiant du large. Le sommet du mont s'allongeait, en plateau, parsemé de tronçons de forteresse, de débris de murailles. .

On voyait encore, distinctement, le double quadrilatère d'enceintes fortifiées. Un énorme canon surveillait l'horizon et deux soldats fumaient, assis sur une pierre. A côté, regardant la Côte des Fous, une tour solidement assise. Marie Dalbarade continua son rôle de cicérone

Nous sommes, Madame, sur le Mont de l'Atalaya comme on lui demandait l'origine du nom, elle continua : Atalaya en basque, veut dire sentinelle. Les ruines que vous voyez sont celles du château de Ferragus, qui détruit, il y a bien longtemps. Cette tour là, c'est le nouveau phare qui a été allumé pour la première fois en 1795

« Mais alors, comment les marins se guidaient-ils auparavant ? »

« Venez par ici, je vais vous montrer ».

A l'autre extrémité du plateau, dominant le Vieux Port, une tour robustement plantée sur la base d'une, antique muraille, se dressait, L'intérieur était vide, on voyait les traces d'un bûcher.

« C'est la Tour de la Haille, c'est l'ancien phare. Il y avait là un homme qui était chargé de faire du feu, la nuit avec des branches qu'on appelle des hailles ».

« Et cette autre tour semblable, là-bas, de l'autre côté du Port ? »

Et la demoiselle de compagnie montrait, surmontant la haute falaise qui faisait face à l'Atalaye, une tour surmontée d'une cheminée.

« Ca, c'est la Tour de la Humade. Elle sert pour le  mauvais temps. L'ouverture de la baie, vous la voyez là-bas, le Boucalot, c'est ainsi qu'on nomme ce rocher qui était autrefois rattaché à la terre, est impraticable par gros temps.

Aussi quand une tempête soudaine arrive, que l'entrée devient impossible, on allume du feu dans cette tour, du feu de bois vert, la fumée très abondante sort par la cheminée, et les marins, au large, voyant cette « humade » c'est le nom de la fumée en patois, sont prévenus qu'ils ne peuvent rentrer et essaient alors d'aller vers Guéthary ou le Socoa, d'abord plus facile. A droite, ce rocher en pain d'épice que vous regardez, la roche de Cucurlon, était autrefois aussi attaché à la terre et formait l'extrémité du Port. »

La Reine, suivie de ses compagnes, redescendit, non sans mal, l'Atalaya, et on arriva sur la place du Vieux-Port.

Quelques maisons, des magasins à vivres à demi écroulés le ceinturaient d'un côté. Des ruines du château de Belay, une fontaine coulant au milieu. L'anse du Vieux-Port découvrait le sable sur lequel séchaient de courts filets.

« Il faut recommencer à monter, Madame, si vous voulez voir la Côte de Pernauton. »

« Allons-y, c'est si beau », fut la réponse.

Et l'on recommença à gravir une montée qui allait en zigzaguant. On passa devant la Tour de la Humade, déserte à cette heure, la mer était calme, légèrement ondulée sous a brise.

L'immense plage de Pernauton, au pied de falaises abruptes apparut aux regards éblouis. Taine dira plus tard en 1858 :

« Toute chose humaine a disparu, ni maisons, ni cultures, ni verdure. On est ici comme aux premiers âges, alors que les vivants n'avaient point paru encore, et que l'eau, la pierre et le sable étaient les seuls habitants de l'univers. »

La côte allonge dans la vapeur la large bande de sable poli : la plage dorée ondule doucement et ouvre ses golfes aux rides de la mer, chaque ride avance, écumeuse d'abord, puis, insensiblement, s'aplanit, laisse derrière elle les flocons de sa toison blanche et vient s'endormir sur la rive qu'elle a baisé.

Nulle part, la plage n'est si douce, si riante, la terre amollit son embrassement et pour mieux accueillir et caresser ces mignonnes créatures qui sont comme les  enfants de la mer.

D'un coup d'oeil, on embrassait la côte qui se déroulait, les ports de Guéthary, de Socoa, Pasajes jusqu'en Espagne.

Mais la montée continuant, la reine s'avoua fatigue et s'assit sur une roche, imitée par sa blonde compagne. Marie Dalbarade, aguerrie, resta debout devant elles.

« Et  pourquoi appelle-t-on cette côte ravissante, la côte de Pernauton ? »

« Je crois, Madame, que c'est parce qu'il y a à Biarritz une vieille famille qui s'appelle Pernauton et qui habite là-haut, avant les tourbières, dans une de ces maisons que vous, voyez sur la falaise. Mais on appelle aussi cette côte, la  Côte des Basques. Chaque année, depuis toujours, le deuxième Dimanche de Septembre, les Basques arrivent, à Biarritz, venant de tout le pays, et se réunissent sur, cette côte. Ils restent là, toute la journée, à boire, à manger et surtout à danser. Ils montent aussi Jusqu'au, village et dansent sur les places. C'est un jour de grande fête, ici. »

La pause terminée, la reine manifesta le désir de rentrer à Bayonne.

« Venez au moins voir l'église Saint-Martin, dit. Marie, c'est l'église paroissiale. »Biarritz vers 1800 : Saint Martin

«Allons-y, puisque vous nous le conseillez. »

Et l'on continua. On traversa des champs et des prés rocailleux, semés de chardons. Plus loin, la nature s'humanisa et l'on vit près d'un étang, quelques maigres cultures.

Lou capot de Casteran », annonça Marie Dalbarade. Une immense croix de bois plantée à même la terre veillait sur ce paysage.

Enfin on arriva devant l'église Saint-Martin qui s'élevait au milieu des champs. Seules quelques maisons s'épaulaient sur sa gauche. La façade était terne et sans style.

Marie Dalbarade entra et la reine la suivant, regarda l'intérieur, le porche bas et plat, à la clef de la première voûte, on apercevait un écusson « 1630 » entouré de fleurs de lys.

« C'est ici; dit la jeune Biarrotte, qu'était autrefois le capitulaire, que les députés et jurats se réunissaient. »

Un prêtre sortit, que Marie salua : le curé Manesca. Un homme le croisa sur le chemin et qui se retourna sans saluer le prêtre; un homme habillé d'une veste noire à larges bou­tons, pantalon courts et bas noirs, coiffé d'un vaste chapeau.

Marie Dalbarade se fit confidentielle

C'est le Maire de Biarritz, Jean Commamale, il est fâché avec le curé, qui, il faut le reconnaître, a des idées bizarres. Il fait chanter les vêpres les jours ouvrables et se plaint toujours de l'état du presbytère, le Maire lui a reproché ses infractions constantes aux lois.

La reine rit de tout son coeur et regarda la jeune Biarrotte qui rit également.

L'étroit chemin descendait à travers champs, directe­ment au quartier Boussingorry. Des maisons branlantes, que l'on sentait abandonnées étaient placées au milieu des champs.

« Mais combien y a-t-il d'habitants à Biarritz ? », demanda l'altière voyageuse.

« 1.500 environ, Madame. »

Sur la .place qui dominait la mer, le cacolet attendait, attaché à un arbre.

Fourbues, mais heureuses, les voyageuses grimpèrent, s'aidant d'une pierre, dans leur siège cahotant et l'on vers Bayonne.

La traversée du désert de sable, que quelques maigres arbres ne parvenaient pas à ombrager fut pénible. Et Dalbarade encourageait de la voix l'animal.

« Hi, Brillant, couradyeu ! »

Bientôt les flèches de Bayonne montèrent à, l'horizon et la Porte d'Espagne revit les voyageuses intrépide. La Reine charmée de l'entrain et de, la gaieté de Marie la paya largement, lui demanda son nom, et Marie après une révérence souriante, reprit allégrement, cette fois juchée sur le cacolet, le chemin de Biarritz.

Et à Biarritz, Marie Dalbarade raconta partout, au port, à l'Eglise, l'histoire merveilleuse : deux belles dames, généreuses et semblant des fées, qui l'avaient gardée tout le jour.

L'on rit d'elle. Mais un soir, un cacoletier qui, de Bayonne apporta à Marie Dalbarade une boîte oblongue. On lui avait donné cela à la Poste, à Bayonne, pour Dalbarade de Biarritz.

Le paquet fut ouvert en tremblant devant la maisonnée rassemblée. C'était un superbe collier qui venait de Bordeaux une lettre l'accompagnait, lettre de la dame blonde qui envoyait ce présent de la part de sa maîtresse «la Reine Hortense de Hollande à la jolie cacoletière ».

Et Marie Dalbarade porta le collier à son cou, le pays tout entier sur la légende, et bientôt, on n'appela plus Marie que « la Reine de Hollande ».

Elle vécut ainsi longtemps, aimant à parler des deux voyageuses, ce souvenir emplissait son âme simple. Vieille, malade, elle avait 70 ans, elle voulut se lever pour aller assister au retour à Biarritz, du fils de « sa » voyageuse, Napoléon III. C'était le 1er Septembre 1858. Cet effort fut funeste et Marie Dalbarade s'éteignit ce jour-là, souriant encore au souvenir qui avait empli sa vie.